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AERE, Association Environnement Reignier-Esery

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La Pédagogie des Baffes

Publié le 11 Mars 2022 par Phil Chloro

Une crise chasse l’autre mais les enjeux systémiques demeurent. Avant la  tragique invasion de l’Ukraine par la Russie, la catastrophe du Covid-19 nous avait appris que les zoonoses générées par les comportements humains peuvent nous impacter (1). Au début du confinement, certaines restrictions ont montré qu’il est possible de se déplacer moins tout en trouvant plus de sens à sa vie, plus de calme sous un ciel bleu et chacun a pu voir combien il est vital de se reconnecter à la nature après des heures d’enfermement

 

On a aussi pu entrevoir à quel point moins de consommation et moins de production pouvaient générer moins de pollution et de stress. Si une « vie d’après » n’a pas éclos, bien des personnes ont néanmoins réfléchi sur leur existence, déménagé ou changé d’emploi.

 

Maintenant qu’on ne parle plus que d’Ukraine, c’est notamment notre dépendance aux énergies fossiles produites par un état autoritaire belligérant qui nous revient dans la figure. La consommation européenne de gaz russe se chiffre en milliards d'euros par jour et il est dès lors bien difficile d’adopter des mesures de rétorsion économiques efficaces quand on s’est mis dans une telle dépendance à l’égard de ce producteur lointain.

365 Businessmen, P. Lemoine

 

Les écologistes le disaient depuis plusieurs décennies: baser notre prospérité sur des hydrocarbures n’est pas une bonne idée. Encore moins lorsque ceux-ci parcourent des milliers de kilomètres pour arriver chez nous. Depuis l’invasion de l’Ukraine, il ne se passe pas une journée sans qu’un expert ou un ministre ne clame qu’il faut « de toute urgence » développer les énergies renouvelables. Il leur a donc fallu le risque d’une troisième guerre mondiale pour réaliser cette évidence!

 

Ainsi se révèle le monde imbécile que les technocrates bardés de certitudes nous ont construit, sur des principes maximalistes (la croissance infinie) et la vénération d’un libéralisme flétri.(2) Malgré bien des avertissements, politiciens et ingénieurs ont pris, ces dernières décennies, des options démentes qui feraient rire par leur inconséquence si elles ne nous menaient pas droit dans le mur.

 

Les penseurs de l’écologie, capables eux aussi de vision stratégique, se faisaient traiter de naïfs prônant le retour à la bougie, alors qu’ils tentaient de faire comprendre combien des sources d’énergie locales et décentralisées étaient indispensables pour une société durable.(3) On voit aujourd’hui que si une armée peut prendre d’assaut un port ou une centrale nucléaire, détruire la multitude de panneaux photovoltaïques qui devraient être sur la plupart de nos toitures n’est pas possible. Les énergies douces sont résilientes.

Artiste genevois, BCGe

Au chapitre des dépendances insensées, chacun a entendu l’un ou l’autre de nos dirigeants défendre « l’indépendance énergétique » du nucléaire français, passant toujours sous silence la provenance de son combustible. En effet, l’uranium provient de la mine d’Arlit au Niger et principalement du …Kazakhstan. Entre délire et mensonge, voilà une indépendance bien illusoire!

L’intérêt du nucléaire est de produire en continu une très grande quantité d’électricité mais son défaut est l’hyper-centralisation du moyen de production, couplée au danger du combustible: il faut protéger chaque centrale, non-seulement par d’importants moyens physiques (isolement du site, clôtures électrifiées) et répressifs (gardes), mais aussi l’information, qui échappe dès lors au processus démocratique.(4) Imposer à toute une société une infrastructure potentiellement destructrice relève d’une violence inouïe.

 

La récente décision d’Emmanuel Macron de développer à nouveau la filière nucléaire voile le dernier espoir de voir éclore un monde plus doux. Des milliards d’euros continueront d’alimenter l’industrie de l’atome alors que ces sommes auraient dû booster la recherche et développement des renouvelables et l’efficience de nos machines. Nous voyons s’éloigner le monde tant souhaité de la sobriété énergétique depuis la fenêtre du train fou qui nous embarque vers la puissance sombre et le profit.

 

Les écologistes avaient raison en ce qui concerne les énergies. Ils ont également raison sur les questions de biodiversité, d’agriculture locale, d’économie circulaire, d’urbanisme sensé, de mobilités douces et de solidarité sociale. C’est pourquoi il faut continuer de se battre pour ce qui est juste et digne. Et pour que les technocrates nuisibles comparaissent un jour devant les tribunaux.

 

Pauvres êtres humains un peu perdus sur cette planète qu’ils croient connaître, mais qui n’apprennent qu’avec des baffes.

2022, P. Lemoine

1

Même si certains penchent pour la fuite de laboratoire comme cause du Covid-19, l’hypothèse de la zoonose semble explicative puisqu’elle a déjà causé et causera encore d’autres maladies (dont le Sida).  Rappelons que certains animaux changent leurs comportements en raison des atteintes à leur milieu naturel. Lors d'un contact entre animaux sauvages chassés ou braconnés et/ou des animaux d’élevage et l’Humain, des virus ou bactéries peuvent se transmettre et muter.

 

2

Libéralisme et capitalisme prônent un libre-marché fonctionnant comme le meilleur régulateur des activités économiques. Ceux qui s’en réclament entretiennent l’illusion d’un marché théoriquement « parfait » respectant plusieurs conditions. En réalité, les échanges économiques sont gravement faussés par les oligopoles, la non-transparence, l’obsolescence programmée et le creusement des inégalités.

 

 

3

Le potentiel des énergies renouvelables ainsi que celui des économies d’énergie sans réduction de notre confort est immense, si seulement l’on consentait à soutenir la recherche en ce domaine. De plus, le comportement des individus et des entreprises devrait évoluer vers plus de sobriété car nous avons pris de bien mauvaises habitudes.

Se passer des énergies nuisibles est non-seulement jouable, c’est aussi le défi et l’horizon d’espérance que nous sommes en devoir d’offrir à notre jeunesse et à nos descendants. Voir p.ex. l'association Négawatt.

 

4

Le nucléaire a pour première origine la bombe atomique. Face au danger potentiel de la fission de l’atome, la nécessité de contrôle de la filière fait que l’armée et son « secret-défense » gardent la main sur les grandes décisions. A l’international, c’est l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) qui tient les commandes, notamment pour l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et tout ce qui concerne l’impact des radiations. C’est la raison pour laquelle l’organisation sensée lutter pour notre santé reste si discrète sur les risques et le nombre de victimes du nucléaire dans le monde.

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